Les cartes de suivi de vol donnent une impression de complétude qui ne résiste pas à la mesure. Nous avons compté, sur quatre réseaux d'agrégation, la part d'un vol réellement présente dans les données. Voici la méthode et le résultat, publiés pour qu'on puisse les contester.

Pourquoi nous avons mesuré

Nous construisons des outils pour l'aviation légère suisse, et plusieurs de nos interlocuteurs voulaient facturer des heures de vol à partir de données récupérées sur un réseau de suivi. La proposition est séduisante : elle supprime la saisie.

Avant de bâtir quoi que ce soit dessus, nous avons voulu savoir ce que ces données valent réellement. La règle de la maison est explicite : on ne bâtit pas sur une hypothèse non vérifiée quand une sonde de deux heures peut la trancher.

La méthode, énoncée pour être critiquable

Quatre réseaux d'agrégation de positions ADS-B, interrogés le 8 août 2026 sur des vols effectués en Suisse. Pour chaque vol et chaque réseau, nous avons rapporté la durée effectivement couverte par des positions à la durée totale du vol.

Le rapport ainsi obtenu est ce que nous appelons la couverture réelle. Ce n'est pas une mesure de précision de position : c'est une mesure de présence. Un réseau peut être très précis là où il voit, et ne voir qu'un quart du vol.

Cette mesure porte sur une journée et sur un échantillon de vols. Elle établit que le problème existe et donne son ordre de grandeur. Elle ne prétend pas donner un taux moyen valable pour toute la Suisse et toute l'année.

Le résultat

La couverture réelle constatée va de 7 % à 65 % d'un vol, selon l'appareil, la route et l'altitude. Aucun des quatre réseaux ne restitue de façon fiable le toucher des roues sur un terrain alpin.

L'écart entre 7 et 65 n'est pas du bruit : il est structurel, et il se comprend à partir des trois familles de trou décrites plus bas. Un vol de plaine à altitude moyenne se situe dans le haut de la fourchette ; un vol de montagne, bas, sur un appareil léger, dans le bas.

La conséquence est directe : l'intervalle entre deux positions n'est pas un temps de vol. C'est une absence de donnée, et la compter comme du vol produit une erreur systématique, toujours orientée dans le même sens.

Les trois familles de trou

Elles ne se corrigent pas de la même façon, et c'est la raison pour laquelle il faut les séparer avant d'acheter une solution.

Géographique

La cause dominante. Un récepteur au sol a besoin d'une ligne de vue. Le relief suisse la coupe en permanence, et un appareil bas en approche disparaît précisément au moment le plus intéressant. Aucun abonnement ne comble cela.

Technologique

Tous les aéronefs n'émettent pas la même chose. Un appareil ancien, un planeur, un ULM peuvent être parfaitement en règle et rester invisibles d'un réseau donné.

Agrégation

Le réseau a reçu la donnée mais ne la restitue pas : filtrage, latence, limitation d'accès, politique commerciale. C'est la seule famille qui se corrige en changeant de source.

Ce que nous en avons tiré, concrètement

Nous n'utilisons plus jamais une donnée d'agrégateur comme source unique pour une valeur qui engage : facturation, heures moteur, contrôle d'activité.

Quand une valeur est reconstituée, elle est affichée comme reconstituée, avec son pourcentage de couverture. L'utilisateur voit ce sur quoi il décide. C'est une contrainte d'interface qui coûte de la place à l'écran et qui n'est pas négociable : des pilotes prennent des décisions sur ces affichages.

Ce que nous ne savons pas

Nous ne savons pas si la fourchette de 7 à 65 % se retrouve à l'identique sur d'autres périodes, d'autres saisons ou d'autres types de trafic. Notre relevé porte sur une journée.

Nous ne savons pas non plus quelle part exacte revient à chacune des trois familles de trou dans un cas donné : nous les distinguons par leur signature, pas par une attribution certaine vol par vol. Nous préférons l'écrire plutôt que de laisser croire à une décomposition que nous n'avons pas faite.

Une donnée à qualifier ?

Nous mesurons avant de bâtir, et nous publions la méthode

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Questions fréquentes

Q.01Les sites de suivi de vol sont-ils fiables ?
Ils sont fiables sur ce qu'ils affichent et muets sur ce qu'ils n'ont pas reçu. Notre mesure du 8 août 2026 sur quatre réseaux donne une couverture réelle de 7 à 65 % d'un vol. Le danger n'est pas la fausse position, c'est la position absente qu'on interpole sans le dire.
Q.02Pourquoi un avion disparaît-il en approche ?
Parce qu'il descend derrière le relief et perd la ligne de vue vers les récepteurs au sol. C'est un trou géographique, la famille la plus importante, et aucun abonnement payant ne le comble.
Q.03Peut-on facturer des heures de vol sur ces données ?
Nous le déconseillons formellement comme source unique. L'erreur est systématique et invisible : la durée produite est plausible, personne ne la conteste, et elle finit sur une facture. Utilisez ces données en aide à la saisie, pas en source de vérité.
Q.04Comment obtenir une mesure fiable alors ?
En s'appuyant sur ce que le terrain et l'appareil savent de source sûre, compteur, déclaration, relevé au sol, et en marquant explicitement toute valeur reconstituée. La fiabilité vient de la traçabilité de l'origine, pas de la sophistication du calcul.
Q.05Votre mesure est-elle reproductible ?
La méthode est décrite ci dessus et elle est reproductible : rapport de la durée couverte par des positions à la durée totale du vol, réseau par réseau. Les valeurs exactes dépendront de l'échantillon et de la date, et c'est pour cela que la nôtre porte la sienne.

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